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Do You Love Me

KISS, le Zénith – Paris, le 16 juin 2015

jeudi 18 juin 2015, par Sébastien Bourdon

KISS, le Zénith – Paris, le 16 juin 2015

« Springfield, Illinois, le 17 mars 1981,

Chers Parents,

(…) Dimanche, j’ai acheté trois disques : ACDC « Back in Black », « If You Want Blood », KISS « Destroyer » et un cadeau pour Maman.  »

Trente-quatre ans plus tard, j’écoute toujours ce groupe qui, mordicus, continue à défendre l’idée saugrenue selon laquelle jeunesse ne se passe pas. Et le plus surprenant est qu’on est nombreux à les suivre presque aveuglément dans cette folle espérance. A soixante ans passés (pour les deux survivants du groupe d’origine, Gene Simmons et Paul Stanley), à l’instar des créatures de la nuit au Bois de Boulogne, ils se déguisent, se maquillent et continuent à défendre sur scène un répertoire qu’ils ne cessent au surplus d’enrichir.

En réalité, ils font comme tout le monde, ils se débattent, mais force est de constater qu’ils le font mieux que la plupart. Certes, les vocalises de Paul Stanley peuvent être assez douloureuses, pour lui comme pour nous, et Gene Simmons peine à se mouvoir avec sa vélocité d’antan engoncé qu’il est dans son armure de « Demon ». Plus cruel encore, il faut bien reconnaître que nos héros sont beaucoup plus effrayants à voir lorsqu’ils ne sont pas maquillés… Les retouches faites à leur plastique afin de pallier aux ravages du temps n’ont de chirurgicales que le nom.

Et pourtant, pourtant, impossible de leur faire faux bond, on sait que ces propos doux-amers perdront tout sens sitôt le groupe grimpé sur scène. Comment cesser d’y croire lorsque l’on voit si souvent les yeux de ses enfants s’illuminer rien qu’en regardant les pochettes de leurs albums. C’est d’ailleurs évidemment flanqué des deux tiers de notre progéniture (celle suffisamment âgée pour encaisser deux heures de show) que nous nous sommes rendus au Zénith.

La salle, de petite taille pour un groupe de l’envergure de Kiss, n’est pas totalement pleine (mais presque), il est vrai que le tarif était prohibitif et que les groupes se bousculent sur notre territoire en cette fin de mois de juin (Judas Priest dès le lendemain), quand au surplus le Hellfest ouvre ses portes (de l’enfer) à la fin de la semaine.

Mais, le peuple est là, même s’il a du un peu alléger son maigre portefeuille pour être de la partie. Il y a des enfants maquillés qui courent partout dans les travées, pas d’erreur, « Kiss is in town » et ce sera la joie pour tous que l’on ait sept ou soixante-dix-sept ans.

La première partie est assuré par Dead Daisies, jeune groupe formé de vétérans du hard-rock. Cela se révèle guère passionnant, aussi propre et bien joué que cela puisse être. On alterne hard rock vaguement endiablé en alternance avec de la power ballad qui colle un peu aux molaires et des reprises sans personnalité, avec prise de risque minimale (« Hush », « Helter Skelter »… ce genre).

Avant que ne commencent les choses sérieuses, nous profitons d’un petit moment magique, dûment signalé par ma chère et tendre : elle me fait remarquer que l’on aperçoit derrière les marches nos héros maquillés donnant une interview. Comme le fan hébété que l’on n’a jamais cessé d’être, on se couche littéralement pour tenter de capturer une image. Ce micro évènement est à l’image de la soirée qui va suivre, l’on va conserver tout le concert la possibilité d’une proximité avec Kiss, chose pour le moins inhabituelle avec eux.

Passé les hurlements de l’aboyeur (« You wanted the best, you got the best… »), le groupe atterrit sur la scène sur les accords de « Detroit Rock City ». Tout semble gai et coloré, Kiss reste magique. Piochant ça et là dans leur répertoire, rien ne semble de trop, on s’amuse tout autant à l’écoute d’un « Lick It Up » (1983) que d’un « Hell or Hallelujah » (2012) en passant par « I Love It Loud » (1982) ou « Deuce » (1974). On a ses petites joies aussi, avec notamment pas moins de trois extraits de « Creatures of the Night » (1982), dont le titre éponyme littéralement bouillant (certes un peu en spoken words, mais Paul Stanley pallie habilement les défaillances de sa voix).

Le « Starchild » est volubile, drôle et enthousiaste, ne semblant nullement à la peine pour séduire cinq mille personnes quand son groupe jouait devant quatre-vingt cinq mille pékins l’avant-veille. Flattez votre public, avec une générosité non-feinte, il vous le rendra.

Paul Stanley ne manquera pas non plus comme à son habitude de traverser la salle, suspendu dans les airs, pour aller chanter sur une plateforme à l’autre bout. A ce moment là, c’est toute la salle qui devient un gigantesque club coloré où l’on vocalise suavement des histoires de « Pistolet d’Amour » et de « Diamant Noir ». De manière spontanée et chaleureuse, il fera monter deux enfants sur le promontoire en sa compagnie (on craint sans doute moins les compagnies d’assurance sous nos latitudes). Pour un peu, on aurait l’impression de voir Kiss en club.

Il est vrai que le dispositif scénique était un peu moins impressionnant que d’habitude (toutes proportions gardées, on parle quand même d’un concert de Kiss), renforçant encore cette sensation inhabituelle de proximité avec ce groupe habitué des stades et arènes.

Le plus fascinant fut sans doute de voir ces vieux lions ne jamais se départir d’un surprenant enthousiasme, ne semblant absolument jamais blasés ou usés par toutes ces années au service du show-business, respirant une joie de vivre singulièrement communicative. Le public était au diapason, le sourire continu et extatique de ceux qui nous entouraient ne permettant pas d’en douter.

Trente-quatre ans après, il est incongru mais heureux de constater que, parfois, rien ne passe, rien ne lasse, rien ne casse.

Sébastien

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