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Dérapage écologique à Las Vegas

jeudi 3 mars 2005, par Paul Kirkness

Comment continuer la croissance démographique d’une région désertique ? Certes, il s’agit d’une des régions les plus riches du monde, mais Las Vegas manque dangereusement d’eau. Et les riches qui y vivent pompent l’eau nécessaire aux habitants des Etats voisins... Qu’est-ce qu’on en fait de Las Vegas ?...

Il y a quatre ans, j’ai eu la chance de pouvoir effectuer un périple très intéressant aux Etats-Unis. En compagnie d’un très bon ami de l’équipe du zine, qui habitait Guerneville en Californie et qui nous a maintenant rejoint à Paris, je suis parti à la découverte de quatre états étatsuniens : la Californie, le Nevada, l’Utah et l’Arizona.

La plus laide et la plus connue des grandes villes de la région reste indiscutablement Las Vegas. On y arrive les poches remplies de dollars et on en repart (ou pas) complètement fauché. Tel est le rêve américain.

Un mot sur l’histoire de cette ville sans quoi, il serait difficile de situer le véritable problème écologique qui hante chacune de ses fondations : la région que l’on associe aujourd’hui à Las Vegas fut découverte par des colons espagnols au début des années 1700, mais ce n’est pas avant 1855 que l’homme blanc vint s’installer dans la région. A l’époque, c’est Brigham Young, l’un des grands fondateurs de l’Eglise des Latter Day Saints (les Mormons) qui y installe une trentaine de colons. Toutefois, cette invasion ne fut pas au goût des indiens Paiutes qui se rebellent fréquemment contre le fort. En 1857 donc, l’homme blanc quitte la vallée une première fois.

Il faut comprendre qu’à cette époque, sans les moyens technologiques que nous connaissons aujourd’hui, il était bien difficile de survivre dans la région à moins d’y avoir été habitué comme les Paiutes. Eux savaient précisément où trouver l’eau nécessaire à la survie - dans les cactus ; dans des feuilles disposées au sol pour retenir le peu de rosée matinale... Le peu de Paiutes qui survivent aujourd’hui tiennent de leurs parents et grands-parents un profond respect pour l’eau potable. Pour eux, il s’agissait de quelque chose de sacré qu’il ne fallait pas "voler" à la terre en quantité trop grandes.

Mais l’homme blanc est revenu et la ville de Las Vegas est érigée en 1905. Cent ans après, en 2005, on pense que la vallée sera forte de deux millions de personnes. Voilà donc tout le problème... Comment faire pour alimenter deux millions de personnes en eau alors qu’elles sont situées en plein milieu d’un désert.

Actuellement, l’eau provient pour l’essentiel du Canada et du grand Lake Mead, en Californie. Mais il ne s’agit pas d’une solution à long terme. On le comprendra aisément puisqu’un jour ou l’autre l’eau se gardera jalousement - on a beau dire du bien des californiens, si on leur pique toute leur eau pour alimenter les casinos d’un état voisin, ils pourront se montrer assez peu coopératifs.

Récemment, la Californie a souffert de rudes périodes de sécheresse et la quantité d’eau qu’il est légal pour Las Vegas d’absorber a dramatiquement diminué. Les autorités californiennes surveillent rigoureusement le niveau d’eau du Lake Mead (qui diminue lui aussi... à un rythme effrayant) et bloquent l’approvisationnement pour les camarades du Nevada. Alors le Sénateur du Nevada a trouvé une nouvelle solution : un pipeline reliant la ville à diverses rivières des états voisins (dont le Colorado qui panique déjà à l’idée de se faire « confisquer » une eau qui se raréfie chez eux). Le coût des travaux - 1 petit milliard de dollars.

Les experts sont pourtant formels lorsqu’il s’agit de la consommation de l’atoll du désert. Las Vegas consomme trop et il faudrait limiter les constructions d’habitation dans la vallée. Mais les habitants n’y voient que des arguments de dangereux « libéraux », « écolos » et autres gens de gauche qui ne comprennent pas bien l’enjeu - défier Dame Nature. Le choc est grand lorsqu’on voit tous ces jardins fleuris, ces pelouses surdimensionnées et tous ces mini lacs artificiels.

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Lake Mead - attention c’est presque vide !

Dans le pays des grandes libertés, il n’est pas bien vu d’imposer des quotas à ses citoyens... Pourtant voilà l’unique solution qui permettrait de sortir Las Vegas du bourbier dans lequel elle s’enfonce. Là encore, il est difficile d’imaginer des quotas sérieux dans ce pays où les personnes ont une consommation d’eau effrénée - la plus élevée au monde par habitant avec près de 600 litres d’eau par jour et par habitant... (on vous dira que la consommation est plus élevée en Asie, mais il s’agit d’une mesure absolue et les asiatiques sont bien plus nombreux sur leur continent que ne le sont les 300 millions d’américains). Réellement, le citoyen américain moyen consomme deux fois plus d’eau que le citoyen européen et neuf fois plus que l’africain moyen...

Le dérapage écologique est là. Et Las Vegas va devoir investir bien plus que les milliard de dollars prévu si la ville compte ne pas imposer de quotas et si elle ne s’applique pas à raisonner ses habitants...

Polo

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