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Dead men tell no tales

"True Grit" de Joel et Ethan Coen

mercredi 16 mars 2011, par Sébastien Bourdon

En ces longues soirées de ce dernier hiver, faute de cheminée, je me suis parfois réchauffé devant de vieux westerns, certains déjà vus, d’autres découverts.

Ainsi, Pour une poignée de dollars de Sergio Leone (1964 – toujours jouissif), Coups de feu dans la Sierra de Sam Peckinpah (1962 – efficace), Jeremiah Johnson de Sidney Pollack (j’avais oublié à quel point c’était violent et triste), 40 tueurs de Samuel Fuller (on ne sait pas où on va, mais on y va, et vite) ou encore La chevauchée des Bannis de Andre de Toth (1959). Ce dernier film, superbement édité en DVD (pochette carton, beau livre joint, que c’est beau la société de consommation) est l’inconnu à découvrir. Filmé en pleine nature sauvage au cours d’un hiver glacial, dans un noir et blanc austère, le film impressionne par sa violence âpre et sèche.

Le western, ce n’est pas forcément mon genre de prédilection, mais quand c’est bien, c’est vraiment bien. On ne peut pas non plus dire que ce film de genre (ou l’inverse) relève également de la spécialité des frères Coen. Mais, entre deux films, ils font… un film, que l’on peut qualifier de film de vacances, quelque chose d’un peu moins sérieux, en tout cas sans forcément de gravité en fond. Comme me l’a dit mon stagiaire, un garçon patibulaire mais poli, « va voir ce film, ça ne changera pas ta vie, mais va voir ce film ». Il n’est pas besoin de me forcer pour voir les films des frères Coen, je me suis donc exécuté, convaincu d’un vraisemblable excellent moment à venir.

C’est effectivement un western, d’ailleurs c’est même un remake de western (100 dollars pour un shérif de Henry Hathaway - 1969) que je n’avais pas vu, à l’instar d’ailleurs des frères Coen qui ont préféré revenir au livre pour le réadapter (Charles Portis). Le décor est fidèle, c’est l’Amérique des pionniers, territoire vierge à découvrir, avec ses brutes montées sur chevaux, ses indiens déjà presque effacés du décor, mais également ses commerçants ou ses avocats (l’héroïne ne cesse de raconter qu’elle a un bon avocat, running gag hilarant dans le contexte). Mais la patte des frères Coen est indéniablement là, créant un léger décalage, immédiatement identifiable, dans l’humour et la brusque violence absurde. C’est extrêmement drôle, grâce à Jeff Bridges évidemment, qui est définitivement à son aise dans l’univers des Coen, mais il faut surtout saluer la prestation de Matt Damon, dans son rôle de Texas Ranger un peu abruti, totalement hilarant.

Dans son rôle s’incarne peut-être la principale faiblesse du film : le personnage joué par Matt Damon alterne le grotesque et le profond, dans un subtil équilibre. Si lui se tient toujours, le film est là peut-être un peu timoré ou en tout cas, refuse de choisir.

Le film touche quand même au sublime avec la jeune Hailee Steinfeld. Sa présence à l’écran relève de l’évidence, même sa voix est obsédante. Difficile de savoir quelle actrice elle deviendra, mais sa manière d’exister auprès des deux monstres hollywoodiens est sidérante. Lorsque le personnage incarné par Matt Damon lui dit qu’elle a gagné ses galons de maraudeur, qu’elle a fait ses preuves, ce compliment de personnage à personnage résonne comme celui fait d’un comédien établi à un autre en devenir.

Dans une longue scène totalement bouleversante, les cinéastes rendent un très bel hommage à La nuit du chasseur de Charles Laughton (1955 - je ne détaille pas sous peine de faire du « spoiler » comme on dit de nos jours). Le ton presque badin du film fait alors place à une belle gravité, et c’est très ému que j’ai quitté la salle.

Sébastien

P.S. Vu l’autre soir, dans notre canapé, l’impeccable Piranha 3 D d’Alexandre Aja. Affreusement sanglant mais abominablement drôle, ce massacre en règle d’une jeunesse américaine belle, bronzée, stupide et hyper sexuée par des poissons préhistoriques est totalement jouissif. Je n’avais pas ri autant de l’infortune de la beauté depuis Starship Troopers de Paul Verhoeven.

P.S. 2 : sinon, il ne vous aura pas échappé qu’Annie Girardot est morte. Quand j’étais petit, on multidiffusait à la télévision française le film On a volé la cuisse de Jupiter (Philippe de Broca - 1980). Je l’ai ainsi vu plusieurs fois avec délices (j’étais un peu fondu de la Grèce dès mon plus jeune âge). Les pérégrinations drolatiques du couple qu’elle formait avec Noiret sous le soleil méditerranéen m’ont marqué, à divers degrés. On ne peut pas dire que l’on parle ici d’un chef d’œuvre impérissable de la culture occidentale, mais j’en ai tiré une image somme toute assez juste des charmes de la Grèce, mais également une idée du couple presque idéal. Ma femme, mais aussi ma meilleure copine. On s’aime, on rit. Bon, on est quand même également troublé par la délicieuse Catherine Alric qui est souvent en petite culotte (en même temps, l’été, il fait chaud dans les îles grecques). Les savoir morts tous les deux a quelque chose de profondément triste tellement ils m’ont semblé vivants… Magie du cinéma.

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