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Chronique estivale

lundi 17 août 2009, par Sébastien Bourdon

Vacances, j’oublie tout, on change de style, concert classique au festival de piano de la Roque d’Anthéron. A quoi ressemble la Roque d’Anthéron ? Pour y aller, de Lambesc où je me trouvais, il faut monter et descendre une impressionnante colline dans les pins, pleine de grillons et cigales. J’ai fait ladite route à l’arrière d’un 4x4 conduit par un Président de fond d’investissement qui m’a donné mal au cœur (pas son métier, quoique, mais sa conduite). On se gare en ville, au milieu des chats assoupis, on pénètre un grand parc, sous d’immenses platanes. Un peu plus loin, sur la droite, se trouve une scène posée sur l’eau, devant une coque futuriste faite de panneaux orientés pour favoriser une acoustique qui ne soit pas électriquement amplifiée. On s’assied sur une grande estrade provisoire (mais plus solide que la marseillaise prévue pour Madonna), en arc de cercle. Nous étions assis au 1er rang, comme si on était membre du Comité Exécutif de BNP-Paribas (qui doit forcément être mécène, un festival de piano présente quand même mieux dans la finance que le Hellfest). Le principe est simple, nous sommes dehors, sous la brise du soir, la musique se conjugue au chant des cigales et puis, avec la nuit, les insectes se font plus discret et nous faisons alors totalement corps avec les notes du piano (« le piano, c’est tout », comme le disait ma grand-mère).

Nous étions venus pour écouter un fringant jeune homme de plus de 80 ans, Aldo Ciccolini. Deux compositeurs au programme : Mozart et ses Sonates, Ddebussy et ses Préludes. Mozart, c’est joli, c’est impressionnant, mais bon... c’est bourgeois. J’ai évidemment quand même apprécié, et notamment le fait d’entendre in extenso en live cet air formidable qu’est « La Marche Turque ». On aurait presque eu envie de se lever et de danser. Un petit mot au passage sur l’extraordinaire vélocité, liée au délicat doigté du vieil homme : l’alliance de la jeunesse conservée avec l’expérience de l’âge, oui parfois ça existe. Comme quoi, l’expérience, n’est pas forcément utile comme un peigne à un chauve.

Après cette première partie, j’ai profité de l’interlude pour aller prendre une bière fraîche avec ma femme, je ne change pas mes habitudes de concert, quelque soit le genre musical.

Je me suis en revanche senti beaucoup plus concerné par la deuxième partie, les Préludes de Debussy (livre 1er). Finalement tout est dans le titre des morceaux, comme une invitation à la rêverie : « des pas sur la neige », « la cathédrale engloutie », « la fille aux cheveux de lin ».... J’ai fermé les yeux et me suis senti transporté dans un monde empreint d’une douce nostalgie, au noir et blanc tremblé, comme dans un film muet des débuts du cinéma.

Le vieux monsieur, voûté dans sa veste quatre boutons trop grande pour lui est revenu pour quatre rappels (!) et notamment pour nous interpréter « la tartine de beurre » de Mozart, divin morceau qui démontre que oui, dans la musique classique, on sait finalement rigoler aussi (au petit-déjeuner essentiellement).

Anecdote pour finir : j’ai croisé parmi les spectateurs Mathieu Chedid (aka M) avec une femme et des enfants qui devaient être les siens et me suis dit que définitivement ce type m’était sympathique, nonobstant l’éventuelle facilité de ses compositions.

Cinéma maintenant : Whatever works (Woody Allen) avant de partir en vacances, et Là-haut (PIXAR), un jour de pluie dans la montagne. Dans les deux cas, c’est de la vie, on rit et on pleure.

Avec Whatever Works, Woody revient à ses fondamentaux, ici pas d’intrigue policière ou d’érotisme catalan (quoique Evan Rachel Wood ait de très jolies fesses). Nous arpentons donc à nouveau un New York hanté par un odieux misanthrope hilarant. Ledit personnage n’est exceptionnellement pas interprété par le cinéaste (mais par l’acteur Larry David), mais évidemment les similitudes sont frappantes. La philosophie du film est dans le titre, pas besoin de précisions complémentaires au risque de déflorer la drôlerie promise et tenue. Pour le reste, il faut évidemment aimer et comprendre Woody Allen qui, cette fois se démarque de lui-même par une bouffée d’optimisme finalement de bon aloi.

Là-haut est le 1er film de PIXAR où les héros sont des humains, pour une fois pas de jouets, de voitures ou de rats. De manière naturelle, cet opus marque de fait l’arrivée de la maturité. Etre adulte, c’est enterrer l’enfance, et la mort surgit presque au début du film. Julie et moi avons commencé par pleurer comme des madeleines. Heureusement, le cinéma, c’est dans le noir, on n’a pas inquiété les enfants.

Sinon, quelques vieux films en DVD dont deux Elia Kazan des 70’s, pas forcément les plus connus, mais qui donnent une idée frappante de l’étendue du talent et de la largesse de compétences du garçon : Les Visiteurs (1972) avec James Woods (et non pas Christian Clavier, je vous vois venir) et Le Dernier Nabab (1976) avec Robert de Niro (entre autres, car on y croise pléthore de vedettes, de Jeanne Moreau à Tony Curtis en passant par Jack Nicholson).

Le premier est comme filmé au super 8, avec post synchronisation, dans une neige qui a certainement du inspirer les frères Coen de Fargo. Premier film sur le retour du Vietnam, tourné à une date où cette guerre n’était pas terminée. Il y est filmé une fascinante montée en tension d’une violence venue de loin qui va faire voler en éclat un foyer. Le plus impressionnant et le plus pervers est l’idée selon laquelle la violence est sexuellement attirante et qu’on s’y brûle presque exprès, comme un lépidoptère bêtement attiré par un lampadaire.

Le Dernier Nabab fait ensuite figure de parent riche alors qu’il suit directement Les Visiteurs. La vie et les amours compliqués d’un grand producteur au temps du muet à Los Angeles (d’après F. Scott Fitzgerald) appelaient effectivement plus de moyens et force est de constater qu’ils sont là. Film champagne, beau et sexy, mais avec une élégance implacable de mise en scène qui laisse littéralement pantois. De Niro est jeune et svelte, et surtout bourré de talent. Il faut le voir expliquer ce qu’est le cinéma à un scénariste dans une des plus grandes scènes que je n’ai jamais vues. A noter également, le squelette d’une maison en construction au bord de la mer, à Malibu, comme écrin d’une unique nuit d’amour. Et par-dessus tout, le cinéma auquel rien ne doit jamais faire renoncer.

Encore un peu de musique pour finir avec l’album de l’autoroute des vacances 2009 : Motley Crue Shout at the Devil (1983), joie dans la Kangoo, tout le monde le poing levé à beugler « shout » en rythme et en cadence. En Provence, j’ai montré une vidéo du Crue à un jeune normand de 13 ans, gavé de Michaël Jackson alors qu’il est mort, qui venait de me mettre une branlée au tennis, il m’a déclaré « mais c’est affreux, c’est des rockers !! ». La jeunesse est perdue, Kurt est mort pour que dalle.

Sinon, comme bande-son de l’été, toujours et encore les derniers feux du Hellfest 2009 avec le nouveau Voivod Infini, Kylesa Static Tensions, le live de Saint-Vitus, le Clutch Strange Cousins From The West... ce genre de trucs quoi. Avec un peu de Porcupine Tree aussi, Fear Of A Blank Planet, car oui, je reste un fan occasionnel de rock progressif anglais, genre qui peut faire fuir le lecteur des Inrocks (mais contrairement à nombre de fans de « prog rock », je n’ai jamais porté de chaussettes de tennis en tenue de ville).

Quelques lectures également, exceptionnellement d’écrivains toujours vivants ou presque : “La vie en sourdine” de David Lodge et “La zone d’inconfort” de Jonathan Frazen, deux manières très anglo-saxonnes de décrire la vie moderne occidentale et la quête désespérée d’un peu d’intimité. L’autobiographie de Gilles Jacob également, beau titre (“La vie passera comme un rêve”), découpage du livre audacieux et surtout, existence fascinante.

Sébastien

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