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Chacun Cherche son Chat

"Alien" de Ridley Scott (1979)

vendredi 8 avril 2016, par Sébastien Bourdon

« Alien » de Ridley Scott (1979)

Après la science fiction contemporaine, un peu brutale mais rêveuse de Jeff Nichols (http://www.soundsmag.org/The-Child-is-the-Father-of-The-Man), remontons un peu le temps et les sources de l’angoisse pour s’asseoir confortablement à côté du « huitième passager ». Et puisqu’il faut former la jeunesse dans un monde chaotique, c’est donc accompagné du plus âgé de mes enfants que l’on s’est offert le luxe (à peu de frais) de cette séance sur un vrai grand écran.

L’aîné de ma progéniture donc, vaguement inquiet, me demande à peine installé : « mais finalement, ça fait peur Papa ? ». Je lui réponds, avec l’assurance et le naturel d’un type que ce film a terrorisé pendant des années sans même l’avoir vu : « non, pas trop, c’est surtout très gluant ». Nous reviendrons plus tard sur cet aspect de l’œuvre.

Plusieurs choses frappent dans ce film d’anticipation sorti en 1979. Tout d’abord, impossible de ne pas faire ici un certain éloge de la lenteur. Alors qu’il semble que l’on ne peut de nos jours plus imaginer action sans précipitation (pour les contre exemples, lisez nos chroniques), Ridley Scott prend un temps certain pour installer ses spectateurs dans un décor, une atmosphère et une intrigue. Il est vrai que l’on se situe aux frontières de l’infini, il n’est donc pas plus mal de savoir où l’on est, à défaut de savoir où l’on va.

Ensuite, ces confins de la galaxie ne se prêtent pas franchement à la rêverie fantasmagorique, en tout cas au premier abord. On a beau être dans l’espace, l’ambiance dans le vaisseau est très terre-à-terre. On y fait ainsi connaissance avec un groupe d’honnêtes travailleurs, dont la mission consiste à rapatrier du minerai sur Terre. Ils commencent d’ailleurs par récriminer sur le montant de leurs primes, en mangeant plus ou moins proprement une nourriture que l’on imagine lyophilisée.

De ce fait, ne se crée aucune distance avec les personnages, ceux qui peupleront les vaisseaux spatiaux seront à notre image, rendant ici plus facile l’indentification avec eux et nous permettant d’être plus à même de vivre par procuration les évènements épouvantables qui vont suivre.

L’équipage croyait en effet se limiter à sept passagers (auxquels s’ajoute un chat dénommé Jones), mais a pris par mégarde à son bord une créature qui n’aura de cesse que de tuer sans relâche, forme de vie aussi parfaite que dénuée d’affect ou de morale qu’elle est. Et bien sûr, dans l’espace, personne ne vous entend crier.

C’est donc au sein de cet espace confiné qu’est le vaisseau que se poursuivra une action dont on aura pris soin de poser soigneusement tous les fondements, avec un art consommé de la mise en scène (qualité indiscutable que Ridley Scott semble avoir perdu depuis un moment hélas). Lorsque tout s’accélère, et que s’enchaînent alternativement suspens insoutenable et actions violentes, le spectateur est à peine moins malmené que les personnages, même si évidemment moins menacé (c’est du cinéma n’est-ce pas).

On aurait pu craindre que les évolutions technologiques contemporaines tuent cette vision presque quarantenaire d’un futur lointain (comment ça il n’y a pas un écran tactile dans ce vaisseau, et que des minitels partout ?!), mais en réalité, au regard de la fluidité de l’ensemble, ce n’est point trop gênant.

Surtout, ce cargo spatial est doté d’un cerveau (l’ordinateur « Mother ») et exsude une humidité tenace jusqu’à sembler être lui-même une forme d’organisme vivant. C’est donc très logiquement que se débattent en son sein dans une lutte à mort cellules (l’équipage) et bactérie (la splendide créature imaginée par le graphiste HR Giger). Dans ce film tout transpire, suinte, dégouline, puis expire en giclées de sang (ou tout autre liquide).

Enfin, et ce n’est pas ce n’est pas anodin dans un film qui a ouvert une longue série, l’héroïne est une femme, Ripley (Sigourney Weaver). Elle apparaît à l’écran la moue boudeuse, comme bouillonnant d’une colère rentrée, mais pleine d’une audace et d’une énergie qui la distingueront très vite du reste de l’équipage, et même et surtout de cet intrus décidé au massacre.

Il faudra attendre la presque fin des hostilités pour que lui soit enfin donnée une possibilité d’érotisme dans une scène où, vêtue d’une simple culotte et d’un débardeur gris, elle se démènera en discrètes contorsions et reptations pour arriver à enfiler une tenue de cosmonaute. L’introduction d’une part de trouble et de sensualité au cœur même d’une scène haute en tension est particulièrement diabolique et vient couronner un film qui reste définitivement majeur près de quarante ans après sa sortie.

Sébastien

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