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Cet honneur et ce malheur

« Les Adieux à la Reine » de Benoît Jacquot

vendredi 13 juillet 2012, par Sébastien Bourdon

Que faire d’une après-midi solitaire et pluvieux de… juillet ? Aller au cinéma et vivre un tout autre mois de juillet, celui de 1789, m’a semblé être une bonne idée et indéniablement, elle le fut.

Il s’agissait en l’occurrence d’une séance de rattrapage, ledit film étant sorti il y a quelques mois déjà. Filmer la fin d’un monde est toujours chose intéressante, mais comme souvent, Benoît Jacquot s’attarde surtout sur les jeunes filles faisant face à la cruauté du réel (« La Désenchantée », « La Fille Seule », « A Tout de Suite »…).

François Truffaut disait que le cinéma c’est l’art de faire faire de jolies choses à de jolies femmes. Indéniablement ce film, comme nombre d’opus de Jacquot, suit ce précepte. Et avec quelles actrices ! Léa Seydoux, Virginie Ledoyen, Julie-Marie Parmentier, Diane Kruger,… des blondes, des brunes, des rousses, arpentant Versailles, sans toujours réaliser que les murs du château vacillent et vont bientôt s’écrouler.

Le film s’ouvre sur le réveil de l’héroïne, Sidonie Laborde, interprétée par Léa Seydoux. La caméra s’attache à elle – on la comprend – et ne la quittera presque pas. On suit ainsi la lectrice de la Reine comme l’on avait pu s’attacher à la « Rosetta » des frères Dardenne il y a quelques années. Le film garde cette ligne de conduite, rester au plus près des visages et des corps, pour en percevoir au mieux la vibration. Nous sommes le 14 juillet 1789, le temps s’accélère et pour beaucoup, il est compté.

Alors que son monde est sur le point de s’effondrer, ignorante mais inquiète, notre petite lectrice n’a qu’un souci dans l’existence, un sacerdoce même, satisfaire la Reine. Leur rapport est évidemment cruel, la Reine pouvant tout aussi bien s’attendrir de sa petite servante que l’ignorer cruellement. Diane Kruger redonne ici enfin chair et consistance à un personnage historique fort mal rendu par la réalisatrice Sofia Coppola dans « Marie-Antoinette » (2005). Elle se révèle attendrissante et détestable, comme toute vedette qui se respecte finalement.

Il est toujours périlleux de se lancer dans le film à costumes, encore plus quand l’époque était justement particulièrement…costumée, entre poudre et perruques. Benoît Jacquot se sort parfaitement de cette gageure, le secret étant comme souvent dans l’économie de moyens, comme l’a implacablement démontré Eric Rohmer avec « L’Anglaise et le Duc » (2001), film se déroulant également pendant la Révolution française (ou encore « Barry Lyndon » de Kubrick, pour ses scènes d’intérieur, uniquement éclairées à la bougie). Evitant les foules en masse, se déroulant essentiellement à l’intérieur du château, le réalisateur, profitant de lieux inchangés ou presque, se contente de les éclairer faiblement pour leur rendre une réalité historique crédible.

Et puis, la lumière d’un feu sur le visage de Diane Kruger ou la lueur d’une bougie sur la nudité endormie de Virginie Ledoyen donnent des images à la beauté sensuelle indéniable. Comme toujours, Benoît Jacquot œuvre dans un érotisme de bon ton, dans lequel on sombre volontiers.

En sortant, si l’on n’a certainement pas vu un chef d’œuvre essentiel de l’art cinématographique, l’on reste quand même marqué par ce couloir où, la nuit, se retrouvent affolés les occupants du Palais, par ces bruissements de Versailles alors que Paris gronde.

Sébastien

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