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« Blackkklansman » de Spike Lee

dimanche 9 septembre 2018, par Sébastien Bourdon

Black Mic-Mac

Nous sommes à la fin des années 70, lorsque surgit à Colorado Springs un noir d’apparence plutôt funky, comme sorti d’un film blaxploitation. Au commissariat local il est soumis, non pas à un interrogatoire, mais à un entretien d’embauche avant son intégration à la brigade. Son arrivée fera nécessairement événement : il sera le premier noir à exercer en son sein.

Comme dans un western classique, le personnage principal est un homme de nulle part. En effet, de ce qui amène ce jeune homme paisible et affable (John David Washington, fils de Denzel) dans cette ville et à cette fonction, nous ne saurons rien. S’il s’agit d’une démarche politique, l’understatement permanent du flic ne nous permet pas d’en être certain. Calme et posé, il semble n’entendre jamais céder facilement à la violence. Quelques coups de karaté dans le vide semblent lui suffire pour relâcher la pression due aux frustrations professionnelles de l’apprenti policier et au racisme latent des collègues.

Cette impression d’une légère absence à lui-même et aux événements lui donne une incroyable drôlerie, à la limite du burlesque.

Avec ce flic charismatique mais paisible, Spike Lee aborde frontalement un problème atroce, le racisme, mais d’une manière que l’on pourrait presque croire dédramatisée. Le scénario y contribue puisque ce jeune noir décide d’infiltrer... le Ku Klux Klan, aidé en cela d’un policier blanc et juif (Adam Driver, décidément omniprésent).

Alors on semble se moquer gentiment de tout, surtout des rednecks, tous plus ou moins haineux et bas du front. Les noirs sont de leur côté montrés comme tentés par la révolution totale, mais on reste le plus souvent dans une distance souriante. La légèreté dans le traitement pourrait être gênante mais Spike Lee a des convictions, est en colère et a oublié d’être idiot.

Lee filme en parallèle ainsi une réunion d’abrutis réunis sous la bannière du Klan et une assemblée noire où un vieillard raconte un épouvantable lynchage. La main du réalisateur est ici un peu lourde, mais il rappelle que l’imbécilité pure, si elle peut être drolatique, n’en est pas moins potentiellement mortelle.

Spike Lee dissémine ainsi sans être rhétorique quelques réflexions sur cette haine qui ne cesse de ronger l’Amérique. La succession au plus haut de l’Etat américain d’Obama et Trump confirme si besoin était combien la nation semble prête à régulièrement reculer sur ce sujet, hurlant effrayée « America First », tel un mantra qui la protégerait du cosmopolitisme vu comme source de tous les maux.

C’est même l’objet de ce film à haute teneur politique et à la conclusion stupéfiante que de rappeler brutalement au spectateur qu’il est aussi un citoyen.

Sébastien Bourdon

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