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Bienvenue chez les skis

mardi 5 mai 2009, par Sébastien Bourdon

Le défi : ne parler ni d’Eastwood, ni de Truffaut, trouver le film où vous ne m’attendiez pas. Pas une rareté belge, ni une œuvre de Sam Raimi. Bye-bye Kurosawa et Bergman. Ce coup ci, c’est garanti, personne ne me taxera d’élitisme. Ce film là, personne n’en a parlé, mais à en croire le box-office, beaucoup l’ont vu. Mes critiques préférés l’ont superbement ignoré. Ce n’est pas un film qui existe dans ma galaxie culturelle. Ni envie, ni mépris, peut-être un peu de condescendance, sentiment que j’aurais partagé sans doute avant la naissance de mon premier enfant.

Du cinéma avec les enfants. La magie a commencé chez moi très tôt, « Les 12 travaux d’Astérix » en vacances à Strasbourg avec mes cousins locaux et je m’en souviens presque comme si c’était hier, le noir dans la salle, le film qui commence puis le retour, un peu excité par cette expérience, chez mes grands-parents. Plus tard, lorsque l’on grandit un peu, les parents vous emmènent voir des films « comiques » (aujourd’hui, on dit des comédies, c’est plus chic, sachant que ce sont souvent des navets). J’ai des souvenirs proprement délicieux de « La Chèvre », des « Compères » ou de « A La Poursuite du Diamant Vert ».

Là, c’est mon tour de jouer au parent. Le problème est que l’humour au cinéma souvent m’emmerde et que le rire français me désole. J’ai failli quitter la salle pendant « Les Visiteurs » et pas une seconde je n’ai eu envie de voir « Les Ch’tis », film qui m’a semblé décrire, sans recul, une France rance et contente de l’être.

Pourtant, ce coup ci, j’avais un bon pressentiment et très envie d’aller voir avec mes enfants « La Première Etoile » (si, si) de et avec Lucien Jean-Baptiste. Je me suis dit qu’au pire ça éclairerait l’aîné de mes petits sur une forme de réalité sociale - même édulcorée - qui existe notamment dans la ville où il loge. Parce que franchement, c’est beau comme un Ken Loach : dans une cité d’Evry, un père de famille d’origine antillaise mariée avec une working-class girl tout ce qu’il y a de plus blanche et raisonnable (impeccable Anne Consigny), persiste dans une incapacité à intégrer la France qui bosse et préfère dilapider l’argent du ménage dans le turf, tout en abreuvant les siens de rêves qu’il ne se donne même pas la peine de tenter de réaliser. Et c’est comme ça qu’un jour, frappé par l’injustice du monde tombée sur la tête de ses trois enfants, il déclare à table tout de go que pour les vacances de Pâques, « on part au ski » (car, comme le rappelle le film, « la montagne est belle »).

Les enfants sont évidemment fous de joie - quoique l’aîné adolescent, plus éclairé par l’expérience, a l’enthousiasme plus rafraîchi - mais l’épouse dit que c’est la promesse de trop et qu’il va donc devoir se démerder tout seul.

Bref, c’est hilarant.

Et bien en fait si. Je ne sais si c’est la couleur antillaise donnée à l’ensemble (extraordinaire Firmine Richard), mais on est embarqué dans cette comédie, même si affreusement pétrie de bons sentiments et prévisible presque de bout en bout.

Mais il y a des évidences : on voyage toute la nuit et au petit matin, on sort de la voiture et on pose pour la première fois le pied dans la neige. Puis on lève la tête et on est submergé par la beauté des lieux. C’est beau de filmer des êtres humains qui soudain, respirent.

Alors voilà, peu de cinéma en fait, un regard modeste, un film qui ne touche pas totalement sa cible, mais du plaisir, sans vulgarité, ni putasserie.

Si j’avais un peu de temps, je vous aurai également parlé du très beau « Ponyo sur la falaise » de Hayao Myazaki. Là encore, du cinéma pour la joie des grands comme des petits, mais avec une ambition esthétique et culturelle parfaitement assouvie. Comme toujours, les films de cet immense cinéaste sont imprégnés d’une mythologie japonaise que l’on ne maîtrise pas forcément. Mais notre ignorance est toujours transcendée par la formidable poésie qui se dégage de chaque plan.

Un jour de tempête déclenchée par la colère des Dieux, une petite fille poisson tente de rattraper l’enfant qui lui a donné le goût de l’humanité en courant sur les vagues, chantant et riant dans le maelstrom. Tant de beauté m’a coupé le souffle.

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