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Another Perfect Night

MOTORHEAD, le Zénith, le 21 novembre 2011

mercredi 23 novembre 2011, par Sébastien Bourdon

Le matin du concert, j’avais du renoncer à mon fidèle destrier (mon vélo) pour cause de rendez-vous en pas si proche banlieue. Me voilà donc agglutiné avec mes semblables dans les transports en commun. Pour le misanthrope, l’heure était difficile. En effet, j’aurais pu jouir de la fraîcheur matinale, le nez au vent, juché sur ma petite reine, et je me trouve finalement compressé par une marée humaine qui ne sent pas toujours le savon. Empêtré dans mes mouvements, je parviens tout de même à extraire de mon sac un appareil permettant d’écouter de la musique, un échappatoire virtuel en somme. Suivant alors une sévère introduction à la batterie, tout Motörhead déboule dans mes oreilles sur "Born to Lose", titre ouvrant leur dernier opus en date, The World is Yours. Et là, tout à coup, alors que je me débattais au milieu de médiocres vicissitudes urbaines et humaines, je suis soudainement apaisé. La vie est belle.

N’ayons pas peur de l’affirmer, Motörhead est intouchable, la vulgarité ne les effleure pas, même les Inrockuptibles sont obligés de s’incliner, ce groupe incarne le rock n’ roll dans sa forme le plus essentielle et la plus pure. Lemmy, bientôt soixante six ans au compteur (puisse t’il atteindre les 666 ans), trimbale son groupe sur toutes les scènes depuis plus de trente cinq ans, ramenant le terme « inoxydable » à sa plus stricte définition. Il est vrai que le leader de Motörhead craint peu la rouille, il ne boit presque pas d’eau.

Motörhead est le rocher sur lequel la mer métallique vient naître et mourir.

Lemmy jouera jusqu’au dernier souffle, c’est son projet, et puis un jour, tel Jean-Baptiste Poquelin, il s’effondrera sur scène. Bob Dylan fait de même, jouer sans fin avant que la Faucheuse ne frappe. Tout ça est évidemment bien plus rock n’roll que la dernière collection printemps-été de Zadig et Voltaire. Le problème est que, parfois, ces glorieux spadassins de la cause donnent des concerts en pilotage automatique où peut affleurer un certain ennui (cf. Motörhead au Hellfest en 2010 chroniqué en ces pages).

Mais voilà, si Motörhead passe en ville, on n’a pas le choix, il faut en être, on est obligé. Lemmy est notre Pape, il nous faut benoîtement le célébrer. En quittant mon bureau, avant de me rendre au Zénith, je croise dans le métro un type avec le tee-shirt Snaggletooth (le logo de Motörhead) et j’entame tout de suite la conversation. On ne se connaît pas, on ne se ressemble pas, mais on a déjà des tas de choses à se dire. Tutoiement immédiat et souvenirs épiques de concert à travers le temps passé (et à venir !).

Au Zénith, les évènements de la vie nous ont attribués des places assises et numérotées. Ainsi, si dès le début du concert, une belle agitation gagnera la fosse dans les gradins, il faudra attendre l’inévitable doublé final « Ace of Spades » - « Overkill » pour que tous se dressent enfin dans un bel ensemble. Si j’ai donc du rester assis, je n’ai néanmoins pas cessé de sourire et ce, dès le début du concert, qui s’est ouvert avec le tonitruant « Bomber ». Je veux dire quelle autre attitude adopter face à tant d’hymnes joyeux (« Damage Case », « Stay Clean » et même le sombre « Orgasmatron »…).

King Buzzo des Melvins a un jour déclaré qu’un groupe a le niveau de son batteur. Ici, l’on parle de donc l’animal Mikkey Dee. Ce type est une brute souriante, d’une efficacité terrible. Juché sur l’estrade ajoutée à la scène, on l’a vu frapper vite et fort, nous donnant l’impression de creuser sans relâche un trou qui l’amènerait dans le magma bouillonnant du centre de la Terre. Le trio voyait ainsi son assise rythmique implacablement assurée, il ne restait plus qu’à envoyer le rock n’ roll, ce qui fut fait.

Mais les mêmes sont également capables d’incendier le Zénith avec des guitares acoustiques et un harmonica, ce qu’ils firent avec le superbe « Whorehouse Blues », titre qui sent bon le feu de bois (crépitant chez Madame Claude).

Le concert n’aura certes duré qu’une petite heure et demie, mais de belle facture. Indéniablement, ce groupe doit rester sur la route et nous devons continuer à le suivre.

Sébastien

P.S. nos pérégrinations récentes nous ont également récemment menés à l’espace 1789 audonien pour écouter le Surnatural Orchestra, pour une nouvelle création présentée dans le cadre du festival Africolor. Je suis très attaché à ce groupe, au-delà de l’impressionnante qualité musicale de ceux qui le composent, pour des raisons sentimentales et familiales (je compte un trompettiste de cousin parmi eux).

Combien étaient-ils ledit soir sur la vaste scène ? Je ne sais pas, vingt, peut-être trente cuivres, mais également un orgue Hammond B 3 (la classe) et un batteur. En revanche, la musique était jouée dans le cadre d’une scénographie que j’ai trouvé moins convaincante que la partition. En effet, l’orchestre joue une musique évocatrice d’images que le danseur ou les modestes décors pouvaient perturber, empêchant notre âme de vagabonder à loisir.

Il s’agissait en tout cas d’un beau spectacle, exigeant et où, si l’intensité des efforts fournis par les musiciens était palpable, la vibration de leur musique restait communicative.

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