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Affichage Lumineux

« Three Billboards - Les Panneaux de la Vengeance » de Martin Mc Donagh

jeudi 8 février 2018, par Sébastien Bourdon

« Three Billboards - Les Panneaux de la Vengeance » de Martin Mc Donagh

Après la projection de « Fortunata » (Sergio Castellito), film italien tellement mauvais qu’il ne vaut même pas une chronique, la sortie de la salle où se donna « Les Panneaux de la Vengeance » m’a conforté dans cette inquiétude : et si tout le monde regardait trop de séries télés ?

Auteurs, réalisateurs, spectateurs, tous semblent vouloir du rebondissement à gogo, des personnages multiples à évolution variable et des fins avec ouverture, comme s’il y avait à chaque fois une saison à suivre. C’est idiot, on sait pourtant bien que tant qu’il y a de la vie, il y a des épisodes.

Mais un film, cela devrait filer comme un train dans la nuit, ça ne s’arrête pas à tous les passages à niveaux, ni ne bifurque à chaque aiguillage, comme une micheline prise de vertiges et hésitations entre les feuilles mortes sur la voie et la neige qui menace.

Sur la forme, le film aborde frontalement des questions cinématographiques déjà réglées par Hitchcock - la mort d’une vedette dans la première demi-heure (Janet Leigh dans "Psychose") - et des évidences télévisées - décider qui doit mourir avant la fin de l’épisode.

Sur le fond, l’opus suit donc ce chemin de cinéphile de canapé, avec un découpage en tranches de 26 minutes (ou 52 minutes), avec ce qu’il faut à chaque intervalle d’événements aux allures de coups de théâtre pour nous interdire de décrocher face à l’invraisemblance. Et on se retrouve alors avec une envie absurde de dire seulement à propos d’un tel film : j’ai bien aimé ce passage, mais alors la suite n’était pas crédible, et puis tuer machin si vite, c’est dommage, ce personnage était fort bien planté. Et blablabla.

En réalité, tous ces développements ne serviraient-ils pas à masquer une démonstration par trop téléphonée de ce que la violence amènerait à la violence et que renoncer à sa colère ferait un monde plus doux ?

Rien ou presque n’est crédible, et pour nous faire avaler cette démonstration un peu pataude des origines bibliques de la violence américaine, le jeu tout en retenue de Frances Mc Dormand fait des merveilles (son aspect monolithique et brutal freine l’empathie, mais n’interdit pas la sympathie).

Du coup, ne s’agirait il pas tout simplement d’une œuvre de distraction pure, savoureuse, avec ce qu’il faut comme clins d’œil plus ou moins fins pour nous donner quand même l’illusion d’une réflexion sur le monde tel qu’il est (ou devrait être).

Mais enfin ami lecteur (si tu existes), il faut bien le dire, comment résister à tant de talents ? La photographie est superbe, la musique subtile et les acteurs prodigieux (Frances Mc Dormand donc, mais aussi Woody Harrelson, Peter Dinklage et le tout à fait formidable Sam Rockwell).

On contemple donc sans bouder son plaisir des scènes de bravoure où tout ce qui agace légitimement le citoyen en prend pour son grade, de la maréchaussée du comté au curé local, sans oublier de rire des nains ou des quinquagénaires qui s’éprennent de gourdes à peine majeures. Et c’est évidemment réjouissant.

Au final, j’avais le chemin jusqu’au doux foyer pour trancher sur ce que je venais de voir, et je n’y suis point parvenu. On a la route pour décider, mais avec cet hiver tardif, elle est sacrément glissante.

Sébastien

Messages

  • Eux, ont-ils réussi à décider sur la route contrairement à toi ? Nul ne le sait. Chronique à laquelle j’adhère (comme presque toujours). J’ajouterai que ces effets de tranches de temps ne sont peut-être pas le reflet d’une influence « série maniaque » mais le tempo du quotidien de cette femme qui doit vivre malgré tout bien qu’elle ait perdu un enfant. Une des tes nombreuses lectrices, peut-être la plus fidèle. Et hop, un peu d’autocongratulation.

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