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Valse avec Bachir

vendredi 18 juillet 2008

Je me souviens, enfant, avoir cessé de croire en la possibilité d’un être suprême et bon en voyant les images de l’assassinat de Sadate (6 octobre 1981). Il y avait ce type allongé par terre au milieu de la tribune, en sang, qui m’a semblé tendre la main vers la caméra, implorant de l’aide. Un an plus tard, les images des massacres de Sabra et Chatila (16 et 17 septembre 1982) ont, si j’ose dire s’agissant de l’existence d’un potentiel Christ, enfoncé le clou.

Valse avec Bachir de Ari Folman m’a parlé exactement de ça. Peut-être que ce chef d’œuvre vous évoquera autre chose, fera appel à d’autres références, mais j’ai retrouvé très précisément ces sensations.

En effet, ce film n’évoque finalement rien d’autre que des thèmes assez classiques comme la vacuité de la guerre, la brutalité humaine, la violence au cœur de tout homme (l’inhumain comme propre de l’humain), les ravages de la violence et de son inéluctable répétition.

Sa forme diverge puisque c’est un dessin animé (on dit « film d’animation » pour ne pas rebuter le lecteur des Inrocks), comme avait pu l’être récemment dans sa forme et son contenu autobiographique, Persepolis (Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud). On pourrait également rapprocher son contenu des bandes dessinées du journaliste Joe Sacco sur la guerre en ex Yougoslavie (Gorazde) ou le conflit israélo-palestinien (Palestine). C’est du dessin, mais il n’y pas de distanciation possible par le recours à la fiction, ou l’incarnation (cf. les souris dans Maüs de Art Spiegelman)

Le film est en effet extrêmement sérieux, fouillé, documenté et surtout, vécu. La réalité est palpable, même dans les rêves fantasmagoriques des personnages.

Film évoquant un abominable évènement historique, il s’inscrit également totalement dans son contexte. La bande-son y contribue beaucoup, la musique originale est superbe et l’utilisation de standards de l’époque (« This is not a love song », « Enola Gay », mais aussi les hymnes rocks et patriotiques locaux) contribuent à notre immersion dans l’histoire.

Si l’effet esthétique est surprenant, l’effet produit par le film est terrassant. Le réalisateur le dit lui-même, c’est un trip. Et c’est exactement ça. Simplement, lorsque la lumière s’est rallumée dans la salle, personne ne bougeait et j’avais rarement entendu un silence aussi pesant.

Il y a un point de vue, il y a un regard, on parle donc de Cinéma.

Sébastien

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