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Sideways de Alexander Payne

dimanche 13 mars 2005

J’ai lu ça quelque part : « D’abord je n’aimais pas. Ensuite j’ai aimé ». C’était écrit dans un grand quotidien anglo-saxon. Quelle critique experte, vous vous dites. Bien évidemment, la phrase est sortie de son contexte. Mais c’est vrai que comme ça, toute seule, elle a l’air sacrément conne.

Pourtant c’est un peu mon sentiment vis à vis de Sideways. Laissez moi vous expliquez pourquoi.

D’abord, il y a l’histoire du film et pour le coup, on tombe facilement sous le charme. Deux hommes ayant la quarantaine se retrouvent une dernière fois « en célibataire ». Jack (Thomas Haden Church) va se marier, et son meilleur ami Miles (Paul Giamatti) l’invite à voguer sur les routes du « wine country » californien. Son idée à Miles, qui semble être œnologue : faire déguster un maximum de grands vins à son ami tout en bouffant comme des pachas dans l’une des plus belles régions des Etats-Unis. Le problème, c’est qu’avant de se marier, Jack n’a pas vraiment envie de ne faire que boire et manger. Il est à la recherche de femmes.

Ces deux hommes, qui ne sont plus tout à fait dans la fleur de l’âge, n’ont pas grand chose pour eux que des regrets. Miles est visiblement dépressif, et Jack, s’il sait garder le sourire, est un acteur assez minable qui ne vit plus qu’en prêtant sa voix à des publicités de lessive…

Et voilà… La scène est posée. Mais, si la campagne californienne est filmée avec brio, Alexander Payne laisse traîner le film en longueur. Parfois, on se demande pourquoi il est allé dégoter Thomas Haden Church qui – il faut bien le reconnaître – est aussi bon acteur que le personnage qu’il interprète. Et, pendant que l’on est bien assis au cinéma, on ne peut s’empêcher de ressentir de la frustration. Pourquoi Payne ne donne-t-il pas plus de place à Virginia Madsen (qui interprète Maya, le fantasme de Miles) ? Pourquoi tant d’élucubrations pour aborder des problèmes somme toute assez simples et bien exposés – la déprime, la solitude et peut-être aussi le narcissisme.

Pourtant il me faut revenir sur cette phrase sotte du début… « Ensuite j’ai aimé ». Il est clair que la chroniqueuse a ressenti les mêmes choses que moi. On ne sort pas de Sideways avec la tête légère… Au contraire, sans trop savoir pourquoi, on en ressort préoccupé, pensif et peut-être un peu énervé. On est énervé parce qu’on sait qu’au fond, le film a du génie en lui. Et on est pensif et préoccupé parce qu’on ne le voit pas tout de suite.

Il faut dire que ces thèmes abordés, qui sont loin d’être originaux, restent des inquiétudes que l’on a tous en soi. Il faut dire aussi que l’interprétation de Giamatti est parfaite. Il est vraiment taillé pour son rôle de personnage destructif, alcoolique et absorbé par ses propres problèmes. Puis il y a les autres personnages - Maya et Stephanie (Sandra Oh qui est, accessoirement, la femme de Payne). Chacune d’entre elle apporte une ouverture toute particulière sur la tournée des deux voyageurs - l’une est pensive, intelligente et combative. L’autre, vive, drôle et soucieuse d’oublier ce qui peut ne pas aller dans sa vie.

Il y a beaucoup de tristesse dans les personnages de Sideways... Et c’est un peu ce qui en fait l’équivalent cinématographique d’un roman de Emily Dickinson.

Peut-être – laissez moi faire cette humble suggestion – que si l’on en vient à aimer Sideways, c’est qu’au fond de soi, on sait qu’il y a un peu de Jack et de Miles en chaque homme et un peu de Stephanie et de Maya en chaque femme.

Polo

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