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Red Hot Chili Peppers - Stadium Arcadium

mercredi 7 juin 2006

Si le rock (j’insiste, le rock, sans le « n’roll ») est une merveilleuse musique inventée entre 1968 et 1975, alors les Red Hot Chili Peppers sont le meilleur groupe de rock du monde en 2006. C’est ce qui frappe tout de suite à l’écoute du dense « Stadium Arcadium ».

L’histoire du rock est jalonnée de double albums : le « double blanc » des Beatles en est la pierre angulaire, il contient tous les commandements, c’est le Saint Graal du genre. Mais il y en eut d’autres et pas des moindres : ainsi « Physical Graffiti » de Led Zeppelin. Ce seul disque devrait suffire à faire trembler le moindre groupe qui se sent de produire deux albums d’un coup pour – presque – le prix d’un. C’est ainsi qu’on se retrouve avec des tentatives un peu faux-culs et plus ou moins réussies du genre sortir deux disques selon le même concept le même jour où à quelques mois d’intervalle, n’osant ainsi que s’approcher du concept terrifiant du « double album » (en vrac : « Load » et « Reload » de Metallica, « Use Your Illusion I et II » des Guns & Roses, « Hypnotize » et « Mezmerize » de System Of A Down).

Mais le « meilleur groupe de rock du monde » n’a pas été effrayé et s’y est attelé, ne craignant ni la moquerie, ni le trop plein, se souvenant que le rock, c’est aussi une forme d’arrogance, de « fuck forever ».

Avant d’évoquer cette incroyable quantité de musique, rappelons de qui l’on parle. Les Red Hot ont longtemps brillé par des albums moyens mais une forte réputation scénique jusqu’à la sortie de « Blood Sugar Sex Magik » en 1991 où Kiedis (chant) et Flea (basse) ont trouvé d’un coup ou presque, le guitariste John Frusciante (le précédent, Hillel Slovak, étant mort d’une overdose), le batteur Chad Smith (le précédent, Jack Irons, étant parti jouer ailleurs, mal pour Pearl Jam notamment) et le producteur Rick Rubin (Slayer, Beastie Boys, Johnny Cash et j’en passe). Certes, ce beau monde était là dès « Mother’s Milk », mais ce n’était pas encore ça. « BSSM », l’album parfait, l’objet mythique, le disque où le groupe semble devenu une increvable machine à produire du son.

Le plus paradoxal est que l’album suivant, « One Hot Minute » sorti en 1995 sera aussi bon mais avec un autre guitariste, Dave Navarro (ex Jane’s Addiction), John Frusciante étant parti tenter de se débarrasser de sa dépendance aux drogues dures. Rien n’est simple. Les voies de la musique sont impénétrables.

Finalement Frusciante est revenu, et les RHCP se sont remis au boulot avec plus ou moins de réussite : « Californication » contient des choses merveilleuses et parfois surprenantes (« Around The World », « Emit Remmus » ou « Purple Stain »), mais ressemble beaucoup à une collection de singles.

« By The Way » en 2002 où le disque de pop que l’on n’attendait pas et en fait même qu’on n’espérait pas. Anthony Kiedis n’est pas un chanteur à la voix assez riche et cette collection de perles délicates ne convainc pas, malgré quelques fulgurances (« By The Way », « Can’t Stop », « Throw Away Your Television »).

Et nous voilà, en 2006, après un live correct mais faisant l’impasse sur la majeure partie du passé (« Live in Hyde Park ») et quelques singles inédits particulièrement pas terribles (« Fortune Faded »), avec un double album tout juste sorti de chez le disquaire.

Ce qui frappe tout d’abord, c’est l’ampleur du projet, bourré jusqu’à la gueule de chansons (28 !). Une telle énergie créative laisse rêveur. A ce niveau de réussite et à cet âge, quel besoin de quitter le bord de la piscine pour se lancer dans un projet aussi ample et lourd ? Aucune idée, mais à la limite on s’en cogne. Nous voilà face à des heures de promesses que l’on espère tenues.
Autant le dire tout de suite, le deuxième album est plus convaincant, car un peu plus énervé, mais chacune des deux galettes recèlent de pépites. Sur le premier disque, d’entrée de jeu, le premier single « Dani California ». Et tout de suite, nous voilà saisis par ces impeccables tricotages de basse et de guitare poussés par une batterie toute en pression et en swing. Refrain ravageur, pont impeccable, etc. Et solo final en progression pour finir dans un déluge de larsen. Ca vient de commencer, on est drôlement content, on en veut encore. En plus, le clip est à mourir de rire, mais bon, il n’est pas fourni avec l’album, sauf à acquérir l’édition collector, hors de prix.

On pourrait imaginer décrire ainsi tous les morceaux, tant les ambiances sont riches et différentes. On recommandera néanmoins de prêter attention à : « Warlocks » grand retour du funk impeccable pratiqué par le Red Hot des grands jours ; « She Looks To Me », chanson efficace jouée bien au fond du temps, refrain imparable ; « Readymade », véritable brulot funk metal qu’on aurait pu trouver bien en arrière dans la discographie des piments rouges ; et surtout l’énorme gifle musique noire jouée par des blancs énervés qu’est l’impeccable « Storm In A Teacup », le morceau qui réveille le petit-déjeuner. Bref, de quoi vous occuper jusqu’à l’autoroute des vacances et même au-delà.

Pour finir, nul ne sait ce qu’a pris John Frusciante durant l’enregistrement, mais entre ses rythmiques implacables (« Hump de Bump », « Torture Me » avec par ailleurs une intro de basse fulgurante), mais également toutes en délicatesses voire évanescentes (« Stadium Arcadium », « Hey », « Desecration Smile », « Hard To Concentrate ») et ses soli incandescents, l’auditeur en sortira en se demandant à quand remonte une telle orgie de guitares. A écouter à fond, le solo de « Turn It Again » où portés par le solo halluciné de Frusciante, les Red Hot réveillent Funkadelic à eux tout seuls.

Quelques critiques tout de même : le groupe ne résiste pas toujours à la tentation de faire des jolies chansons avec de beaux arrangements et on cède ainsi à quelques facilités mélodiques. On aurait donc pu enlever un ou deux titres (pas plus ? Pas plus), faire un son un poil plus âpre, Rick Rubin ou les différents intervenants chargés du master ont un peu trop poli l’album. Mais franchement, pas grand-chose par rapport à l’apport de l’ensemble à nos oreilles.

Sébastien Bourdon

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