Accueil > Francais > Le Cauchemar de Darwin - un film documentaire de Hubert Sauper

Le Cauchemar de Darwin - un film documentaire de Hubert Sauper

mardi 29 mars 2005

Nous faisons tous un peu partie de ce cauchemar de Darwin.

Dans les années 1960, un poisson nommé la perche du Nil fut introduit dans le Lac Victoria, berceau de la région des Grands Lacs et, dit-on, berceau de l’humanité elle-même. Cet énorme poisson est devenu pour les pays environnants - Ouganda, Tanzanie et Kenya - une source de rentabilité économique incroyable.

Mais il y a un "mais"...

La perche est presque entièrement responsable de l’annéantissement de la bio-diversité dans cette étandue immense. Parce qu’elle est vorace et carnivore, elle a d’abord détruit une grande partie des autres formes animales du lac (principalement de petits poissons) sans qui les algues et autres parasites prolifèrent, étouffant les eaux et bloquant les rayons du soleil. Voilà, la première catastrophe... Elle est écologique.

Cela intéresse le documentariste Hubert Sauper, bien évidemment, mais après plusieurs années de tournage, il parvient à voir ce que les anglo-saxons appellent le "Big picture" (la photo d’ensemble). Pour beaucoup, certaines images tournées peuvent paraître presque inutiles... Mais je ne pense pas qu’elles le soient. Il semblerait qu’à chaque image vaut une explication : lorsqu’une interview s’arrête à cause de l’orage, Sauper semble nous expliquer pourquoi nous n’en saurons pas plus de la part de tel ou tel acteur. Lorsqu’il intègre les images d’une prostituée particulièrement touchante au début du film (Eliza), ce n’est pas par hasard. Non, c’est pour mieux nous montrer comment la perche attire des acteurs internationaux qui font souvent souffrir la région (Eliza sera rouée de coup et poignardée par un client australien). Lorsque l’on voit les enfants des rues sniffés les emballages de perche fondus, c’est pour nous signifier à quel point chaque maillon de la chaîne est destructeur...

Sur les côtes du lac, on aperçoit parfaitement les conséquences de cette globalisation. Qui plus est, on lui donne un visage - et ce visage est loin d’être monstrueux comme on aimerait le penser. Il y a d’abord les patrons des usines de perche. De bons bougres qui se voilent la face quand à l’avenir de leurs pays respectifs... Il y a aussi ces avionneurs russes qui arrivent avec des cargos dont ils ne connaissent pas - soi disant - le contenu, avant de repartir les caisses pleines de perches pour les marchés européens. On aimerait leur en vouloir... Il s’avère que les cargos importés dans les pays sont - pas toujours, mais le plus souvent - des armes. Et ces armes finissent elles par rejoindre les pays des environs (le Burundi, le Rwanda...).

Ce qu’est parvenu à réaliser Sauper n’est pas, comme beaucoup ont pu le dire, une révélation. Les informations contenues dans ce documentaire, nous les connaissions tous avant. Mais avions nous vraiment été exposés à ces images ? Avions nous vraiment chercher à connaître les acteurs du désastre ? Chez Soundsmag, certains ont répondu par l’affirmative et regrettent que Sauper ne soit pas remonté plus loin... en Europe par exemple. Peut-être cela aurait-il eu du sens. Mais il me semblerait plutôt que l’ambition de Sauper était de montrer que les participants individuels de ce système infernal sont comme nous... En bon anthropologue, Sauper y parvient brillament. Nous faisons tous partie de ce cauchemar et pour le savoir, il n’y a nul besoin de filmer en Europe...

Polo

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.