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« La maison de bambou », Samuel Fuller (1955)

lundi 22 mars 2010

« La maison de bambou » Samuel Fuller (1955) :

Quand le film a commencé et qu’est apparu devant nous, en Technicolor somptueux, un train traversant des paysages enneigés avec le mont Fuji en arrière-plan, c’était beau comme quand les parents nous laissaient regarder « le cinéma du dimanche soir ». Qu’est-ce qu’on passe d’ailleurs maintenant le dimanche soir à la télé ? Des films avec Jean Reno ?

Je ne sais plus trop comment j’ai découvert Samuel Fuller, sans doute avec Dressé pour tuer (1982), le film inspiré du roman Chien blanc de Romain Gary. On en parlait un peu dans la cour de l’école, de ce film brutal qui évoquait un chien en apparence normal, mais en fait dressé pour attaquer les noirs.

Samuel Fuller, un cigare, un flingue et surtout beaucoup de talent pour réaliser des films mainstream comme des projets plus à la marge (Shock Corridor, Naked Kiss pour parler de chefs d’œuvre).

Oui, la violence était la principale source d’inspiration de Samuel Fuller. Il est vrai que ce garçon, après une carrière de journaliste criminel, a notamment débarqué sur les plages de Normandie le 6 juin 1944 et il a à l’époque poussé ses pérégrinations avec la soldatesque américaine jusqu’au camp de concentration de Falkenau (ses images sont actuellement visibles au Mémorial de la Shoah à Paris). De cette expédition, il a fait un film en 1980, The Big Red One. Un pedigree pareil ne pousse pas forcément à une carrière chez Disney.

C’est ainsi que tous ces films débutent dans la violence. Comme l’a très justement décrit l’animatrice du ciné-club, « on ne sait pas où on va, mais on y va ». Cette dernière nous a également appris que ce goût pour le brutal l’avait fait taxer de fasciste par une partie de la critique française (le magazine POSITIF notamment). A mon avis, le chroniqueur cinéphile de gauche des années 50 et 60 voyait du Mussolini dans tout réalisateur de westerns ou de films de guerre, syndrome de la critique qui a notamment frappé John Ford et Clint Eastswood. Il n’y a donc pas lieu de s’attarder sur cette idée reçue, à mon avis totalement erronée en l’occurence. En cas de doute, s’asseoir dans son canapé et se projeter Shock Corridor.

La maison de bambou est un film parfait sur le plan esthétique, avec son Technicolor utilisé pour faire valoir la profondeur des décors et leurs ruptures (belle utilisation de l’architecture d’intérieur japonaise avec ses grandes portes qui s’ouvrent, théâtralement, sur d’autres scènes et personnages jusque là cachés au spectateur).

J’y ai également vu une splendide scène de braquage, sèche, sans musique avec des plans sublimes de course silencieuse. Et puis ce souci rare à l’époque de tourner en extérieur, dans le Japon d’après-guerre est totalement passionnant. Samuel Fuller a clairement arpenté les rues de Tokyo et a su brillamment tirer des lieux des idées de scènes et de prises de vue. On s’y croirait et c’est logique puisqu’on y est.

Mais c’est également un excellent polar.

Et surtout, un sacré film polisson. Au sein de cette bande de gangsters américains, tous d’anciens GI, va se révéler, tout en discrétion et subtilité (de langage surtout) une histoire d’amour homosexuelle. Si j’osais, je dirais qu’en 1955, c’est quand même assez couillu.

Jeudi 15 avril prochain, même lieu (ciné-club de Saint-Ouen – espace 1789), L’invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel (1956). Be there or be square !

Sébastien

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