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Il Caimano - de Nanni Moretti

samedi 10 juin 2006

Le Caïman était un film très attendu. D’abord parce que c’est un film de Nanni Moretti, et ce mec là on a dû voir des films de lui... on se rappelle jamais trop lesquels, ni trop pourquoi on les a aimé, ni pourquoi il zigzagge toujours en scooter... mais au fond ça nous a plu. Et puis avec sa barbe, il a vraiment la classe, il nous est sympathique... Et puis c’est italien, et comme le sait si bien notre confrêre David, c’est quand même pas mal la classe ca. Et puis on s’est aussi dit qu’un film sur Berlusconi ça se rate pas, et que les gens instruits finalement s’intéressent à la politique des autres pays, et leurs drames.

Parce que Berlusconi, ça c’est de l’actualité. Donc non seulement on va taper dans la culture super classe, mais en plus ça nous fait un complément d’information sur ce qu’on a lu dans Libération sur ce méchant personnage. Et puis le film est encore plus d’actualité depuis que le règne de cet illustre mégalomane a pris fin (même si notre autre cher confrère Christopher n’était pas au courrant). C’est quand même moderne tout ça.

Donc on se pointe au cinéma tout bouillonnant d’envie de voir ce film qui va nous conter ce personnage à travers un film dans le film, de manière bien plus subtile que le pamphlet Viva Zapaterro (qui malgré le titre parle bien du régime de Berlusconi). Et, là, c’est un peu la surprise...

Le Caïman prend la forme du film dans le film, narrant l’histoire d’un producteur en pleine chute libre (divorce, départ de ses associés, créanciers à ses trousses...) qui se retrouve un peu par mégarde embarqué dans la production d’un film sur Berlusconi. Parce qu’une des choses que cherche à exprimer Nanni Moretti c’est qu’en Italie, tout le monde parle de Berlusconi et de son étrange ascension au pouvoir, mais personne ne publie quoique ce soit dessus. Les faits en restent au niveau de la rumeur, du commérage. Tout le monde le sait, mais personne ne va le dire "publiquement", sauf à l’étranger. Cet aspect est très bien montré du doigt par les obstacles permanents que rencontre la mise en place du film sur Berlusconi, les télés dont le refus est catégorique, les acteurs qui se désistent, le financeur qui veut faire un film qui fait des sous.

Transparaît à travers tout le film cette réticence du monde de la création artistique italienne à se coltiner le problème, repassant incessament la patate chaude au suivant. On y voit même les hésitations et incertitudes de Nanni Moretti à travers une scène qui me semble cruciale. Celle-ci montre un moment où la réalisatrice - seul personnage véritablement conscient de l’urgence et de la nécessité de cette oeuvre - doute de sa capacité à s’attaquer à un monstre pareil et est tentée de se retrancher, comme le recommandait son entourage, sur un film plus personnel.

En ce qui concerne la forme narrative, qui est l’aspect fort du film, Le Caïman est un formidable tour de magie. On agite la main droite pour attirer votre attention pendant que la main gauche fait quelque chose (ou l’inverse - sans rentrer dans une imagerie politicienne). Le personnage principal présente finalement assez peu d’intérêt, nous paraissant parfois peu convaincant, mais on s’appercoit qu’il serait plus judicieux de se concentrer sur le personnage de la scénariste. La déconstruction du schéma classique de l’approche "personnage principal" est poussée jusqu’au bout du film, ou le réalisateur fini par une séquence du film dans le film.

Mais Nanni Moretti se fait aussi plaisir, avec des scènes particulièrement réussies sur l’approche spectactulaire et burlesque de Berlusconi : lorsqu’il inaugure un stade de foot en arrivant par hélicoptère, lorsqu’il ouvre sa nouvelle chaîne télé entouré de filles en petite tenue ou lorsqu’il décide d’investir le parti qu’il finance. On se dit qu’il part trop dans une caricature du personnage, c’est alors qu’il inclut la fameuse séquence au parlement européen où Berlusconi dit que son confrère allemand pourrait jouer un SS dans un film sur la Shoah.

Malgré quelques longeurs, ce film est une véritable réussite, encore faut-il observer les décalages, les détournements, et y voir une image des techniques adoptées par critique italienne dans un paysage culturel dominé par le pouvoir économique et idéologique de Berlusconi. Esperons que cette époque soit révolue.

Arthur

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