mardi 19 avril 2005
Un déserteur de l’armée américaine, Jeremy Hinzman, a fui son pays, lorsqu’il lui fut annoncé qu’il partirait pour l’Irak. Avec sa famille, il est entré au Canada vers le début du mois de mars. Il y a été accueilli par beaucoup de canadiens avec compassion et il a reçu énormément de soutien lorsqu’il s’est agit de chercher l’asile politique en tant qu’objecteur de conscience. Depuis qu’il a quitté les Etats-Unis, au moins quatre autres soldats sont partis pour leur voisin, au Nord.
Mais rien n’est aussi facile. Et malheureusement, après un procès en appel, la justice canadienne vient de décider que Hinzman n’avait pas le droit à l’asile politique. Il sera donc renvoyé aux Etats-Unis, où il sera jugé par un tribunal militaire pour désertion… Il risque beaucoup.
Mais aux USA, il y a encore ceux qui croient dans cette war against terror. Et parmi eux, la chaîne de télévision Fox, appartenant au géant Rupert Murdoch. Bill O’Reilly est un chroniqueur régulier de cette antenne et pour lui, Hinzman a « tout ce qu’il mérite ».
C’était le 25 mars, à 20h00 heure locale. O’Reilly – confortablement assis sur sa chaise – se permettait de jugé ceux qui choisissaient de fuir les Etats-Unis. Sont ils tous « un-American » demande-t-il à son public, mais aussi à lui-même (et on connaît sa réponse) ? Le gouvernement canadien a « prit la bonne décision » annonce-t-il. Et, lors d’une interview avec un correspondant de Newsweek à Londres (on peut se demander ce qu’un type à Londres fout à commenter des évènements se passant au Canada…) il s’enorgueillit presque de voir les canadiens devenus « pro-American » (par opposition aux méchants déserteurs, vous l’aurez compris).
Pourtant, quelques secondes plus tard, O’Reilly est troublé :
« Beaucoup ici (aux USA) sont confus. On ne parvient pas bien à comprendre les actions du Canada. Pourquoi ce pays a-t-il une politique de l’immigration aussi souple ? Il est clair qu’ils laissent entrer beaucoup de gens douteux, avec des background de terrorisme, et cetera. Cette politique souple est-elle due à leur libéralisme (au sens américain du terme… une insulte dans la bouche d’un type comme O’Reilly) ou de leur sentiment anti-américain ? »
La totalité de cette interview et de l’émission, va dans ce sens. Les canadiens sont-ils des bons voisins ? Hinzman est-il un traître ? Quoique réponde le correspondant de Newsweek, O’Reilly semble toujours avoir sa réponse : « D’accord, vous dites qu’il s’agit de leurs lois et qu’il est difficile d’en changer du jour au lendemain, mais ne pensez-vous pas qu’ils se moquent de cette guerre contre la terreur ? » ; ou encore « Moi, d’entendre qu’ils puissent accueillir des terroristes, ça me fait penser qu’ils ne sont pas de vrais amis ».
Au fur et à mesure de l’interview, le correspondant essaie de placer dans la conversation une version plus objective des faits… Oui, il est vrai que le Canada a accepté Fateh Kamal – un homme qui a passé quatre années dans les prisons françaises pour sa tentative de faire exploser le métro français et qui vit maintenant sous liberté surveillée à Montreal – mais n’a-t-il pas fait son temps ? Il suggère même que, si le Canada refuse d’accorder l’asile politique à Hinzman, ce serait peut-être parce que le pays considère la quantité de déserteurs américains potentiels qu’il faudrait ensuite accepter…
A toutes ces réponses, à toutes ces suggestions O’Reilly et son comparse – l’animateur Deroy Murdock – ont une réponse. Lorsqu’ils attendent un « oui » et que Monsieur Newsweek commence sa réponse par un « non », on lui coupe la parole pour la donner à un autre…
Un débat idiot, sans trop de sens… Et en plus de tout, voici la phrase de conclusion de Bill O’Reilly :
« En tous les cas, nous sommes heureux d’apprendre que sur ce point, le Canada a cédé. Hinzman revient chez nous et c’est bien ainsi. Il sera jugé…. Peut-être qu’il passera d’appel en appel, mais au moins nous l’avons sous la main. »
Voilà ce que peuvent voir, jour après jour, les américains sur leur poste de télévision.
Polo
"Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d'entraînement, on peut arriver à en faire des militaires." Pierre Desproges