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Etreintes Brisées (Los Abrazos Rotos)

mardi 9 juin 2009

Posons un peu le contexte. Je ne connaissais pas grand-chose à l’Espagne jusqu’à il y a peu. J’ai fait allemand deuxième langue, l’ouvrage d’apprentissage scolaire « Sol y Sombra » (Joseph Delteil et André de Richaud), ne trônait pas dans ma bibliothèque de lycéen. Bon depuis, je crois savoir que ce sont les places à l’ombre ou au soleil lors des corridas. Belle jambe.

Et puis vint le cinéma, qui est une fenêtre sur le monde n’est-ce pas. Donc Almodovar (entre autres). Ensuite, j’ai visité un peu la région et c’est de l’amour, j’en suis sûr, que je porte maintenant à cette contrée. Des tapas et une bière fraîche sur le front de mer à Barcelone, je défie quiconque d’y résister.

Avant d’attaquer le vif du sujet – si, si à un moment, je vais y arriver – je voudrais rattraper un oubli. Avec Sirk, je vous ai parlé des mélodrames comme d’un genre quasiment disparu. J’avais injustement oublié Pedro qui, avec toute la flamboyance attachée au genre, s’y plonge quand même allègrement depuis En chair et en os jusqu’à et c’est justement l’objet de ces quelques lignes, Etreintes Brisées (quel titre de mélo, qui a l’air encore plus magnifique en espagnol, Los Abrazos Rotos).

Autant le dire tout de suite, ce n’est pas son meilleur film (surtout après Volver), il mériterait même d’être amputé d’un quart d’heure, en raccourcissant ça et là quelques séquences. Mais tout de même, que c’est beau un film de grand cinéaste. Il n’y a plus aucune urgence rock n’ roll dans le cinéma d’Almodovar, mais on y trouve invariablement une maîtrise impressionnante, une justesse et une profondeur rares. Il filme un pied et c’est beau. Et j’avoue que se blottir de manière fœtale dans une salle de cinéma pour contempler un tel spectacle fait toujours ma joie (et pour pas cher).

Almodovar, cinéaste majeur indiscutablement, mais également immense directeur d’acteurs. De bons et parfois grands acteurs certes, mais quand même. Le cinéma c’est la vie et là on s’y croirait. Une femme se blottit contre le dos de l’homme aimé, un couple baise passionnément, un homme pleure l’absence ou se raidit dans la douleur, une mère embrasse tendrement son grand fils, et pas une seule seconde, un décalage avec la réalité ne se fait. L’empathie est immédiate. C’est fort, même quand on teinte parfois cela d’un nécessaire excès cinématographique cher au réalisateur. Le film contient notamment une des plus belles déclarations de rupture jamais tournée.

Un mot à propos de Penelope Cruz, pour conclure. En fait, c’est une immense actrice, mais il n’y a qu’Almodovar pour s’en être rendu compte. Elle essaye des perruques et je pleure devant tant de beauté. Un ami m’a dit un truc du genre, « elle incarne la supériorité de la femme occidentale ». C’est pas faux. Elle a des fesses, elle a des seins (rien de bien impressionnant, mais simplement délicieux), une bouche et des yeux qui lui mangent parfois le visage. Elle peut rire, pleurer, et même vomir, elle reste parfaitement magique, quintessence de la beauté fragile. En plus, elle sait sûrement cuisiner.

Viva Espana.

Sébastien

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