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Dérapages médiatiques anglo-saxons sur le Zimbabwe

vendredi 12 novembre 2004

Au printemps 2001, alors que la campagne de réappropriation des terres exploitées par les descendants de colons au Zimbabwe battait son plein sous le contrôle du président Robert Mugabe, une hystérie collective s’était emparée de tout les médias du monde anglo-saxon, de la BBC à la ABC en passant par le New Zealand Herald, sur l’horreur- inédite, insoutenable- de ces réfugiés pas comme les autres, forcés de trouver un moyen de transport jusqu’à l’aéroport, puis de s’asseoir dans un siège d’avion, peut-être parfois en classe économique, jusqu’en Grande Bretagne, entourés de soldats de Sa Majesté.

Sans vouloir pour autant ricaner du sort réservé à ces Zimbabwéens de sol, mais non de sang, chassés de leur pays à cause de leur peau (pour être moins simpliste, à cause du comportement de leurs parents et grands-parents), je ne pouvais que remarquer la campagne de réappropriation de ces évènements par toutes les formes de médias anglo-saxons, même par les meilleurs et les moins pires, tel le quotidien The Independent. Une crise techniquement Zimbabweo-Zimbabwéenne (c’est sûrement pas correct mais c’est très sympathique à prononcer), c’est-à-dire entre des Zimbabwéens d’origine et des Zimbabwéens issus de l’ancienne classe coloniale agricole (avec qui la nation britannique, et encore moins son gouvernement, n’étaient finalement censés avoir de liens politiques) s’est transformé sur papier et sur les ondes en une guerre de races et de cultures. Avec bien sûr en prime la possibilité croustillante de publier des photos de mères- blondes et blanches pour une fois- observer pathétiquement l’objectif avec deux braves chiards sur les bras.

Jusqu’à la crise qui commence à peine en Côte-d’Ivoire, je mettais ces dérapages médiatiques sur le compte de la vieille solidarité tribale anglo-saxonne répandue aux quatre coins du Commonwealth. Je me disais même presque fier de faire partie d’une nation où dans le JT du 20 heures le prix du gazole passait avant la célébration par les médias des différentes atteintes aux vies et aux biens de compatriotes outre–mer (Alors que « Christian » et « Georges » avaient été tout juste kidnappés en Irak). On était loin de cette hystérique Albion qui, en situation de crise, considérait les descendants lointains de ses colons, souvent d’ailleurs des condamnés de droit commun ou des réfugiés fuyant la persécution, comme des membres à part entière de son corps national. Eh ben non, ici c’est pareil, et bien sûr grâce aux pulsions universelles- donc forcément vertueuses- du monde médiatique.

Les médias répondent au jeu des dictateurs africains qui partout s’efforcent de redresser leur cote de popularité en instrumentalisant la haine de classe et raciale, inextricablement liées sur l’ensemble du continent, au Zimbabwe comme en Côte-d’Ivoire. Cette haine raciale est au cœur de la nouvelle politique de Mugabe, et il compte bien le faire savoir à ses concitoyens comme à l’ensemble de l’Afrique. La presse anglo-saxonne se trouve être ici un agent en communication hors paire.

Chris

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